JEF, DE FLÈCHE IS AF ! *

Une flèche décochée par Cupidon me fit voir le jour.
Ma mère «adoptive» Jeanne Contreplaqué et mon père «menuisier» Raymond Bottemanne m’ont offert un beau baptême et m’ont appelée «Flèche». Un magnifique petit «top» blanc et une robe rouge-orange fluo, très tendance, très high-tech, m’ont été offerts par Michel (Segers) en guise de costume de fête.
J’ai débuté tristement ma vie, avec mes nombreuses sœurs, dans une caisse de pommes jetée à même le sol dans le garage du Bol d’Air. Puis, par un bel après-midi de novembre, ce fut la délivrance, le début de la vie active, la libération…
Cette montée en flèche de mon professionnalisme m’a apporté quelques satisfactions telles qu’être utile, pouvoir servir, diriger, indiquer, …. bref, me mettre au service des autres était pour moi un but. Scali, Alain et les jeunes du club m’ont amenée dans leur sac à dos vers mon premier job, ma première mission. J’entendais parler : « Gadouzienne, VTT, bidirectionnel, fil de fer, pince coupante, séparation de circuit, ….  » et j’en étais toute secouée !
Je n’y comprenais pas grand-chose, d’autant qu’après quelques-unes de mes consœurs, je me vis affecter mon lieu de travail : un hêtre, vieux de quelques dizaines d’années, enraciné dans le bois des Anglais (Grand-Parc) et sur lequel j’étais fière de pointer le bout de mon nez.
Ficelée à 2 mètres du sol à mon support, j’ai passé plusieurs longues journées à attendre le premier participant… de mon premier boulot… de ma première sortie ! Les nuits de plus en plus fraîches me faisaient regretter ma «rue du Patronage».
Quand soudain, ce dimanche de novembre, et ce avant le lever du jour, j’ai entr’aperçu 6 à 7 vététistes bien emmitouflés, qui me mitraillaient de leur lampe torche, afin de s’assurer de ma bonne position. Quelques minutes plus tard commençait enfin ma vraie tâche : un, trois, dix, puis de plus en plus de ces «Gadouziens» se sont servis de moi pour se diriger, s’orienter et continuer leur parcours afin de suivre correctement leur itinéraire.
Connaissant dès à présent ma vraie mission et avec l’expérience d’une «ancienne», je me suis mise à prendre le temps de les contempler, ces courageux, à les encourager, à les rassurer …
Peu de temps après un moustachu, muni lui aussi de sa pince coupante et de son sac à dos, est venu me détacher et m’éloigner de mon cher «hêtre» qui m’avait si bien épaulée.
Je me suis alors retrouvée avec mes consœurs et des collègues «banderoles» à l’étroit dans son sac à dos. Nous étions transbahutées alors qu’il chantait en zigzaguant : «Déflèchera bien qui déflèchera le dernier … tralala» … il avait probablement abusé d’Orval ou d’une autre boisson abbatiale.
En fin de journée je rejoignis toutes mes sœurs dans une caisse de pommes et passai ma dernière nuit en famille !
Ne le dites encore à personne, mais j’ai entendu que ma prochaine mission est fixée au 25 novembre 2018. Si vous passez cet hiver près du garage du club, n’hésitez surtout pas et pointez-vous pour me faire un petit «coucou»..; j’habite toujours dans la caisse de pommes, la 16ème en commençant par la fin.
Avec mes meilleures «marques» de sympathie. «La Flèche»

Dan

*Une des blagues que faisaient les «Ketjes de Bruxelles» était de défaire à l’arrière du tram, le long fil qui reliait le véhicule au pantographe.