Publié le 29 août 2019

Mythique Ventoux ou récit d’une aventure inattendue…

Assurément, rien ne me prédisposait à affronter le Géant de Provence cet été !

En vacances une semaine au début de ce mois d’août au Mas Perdu (région d’Ales – sud de la France) en compagnie de Martin K. (16 ans – nouveau membre du Cyclo Bol d’Air) et de sa famille, c’était l’occasion idéale pour nous deux de rayonner en vélo dans la région, aux portes des Cévennes. C’était la première fois aussi que Martin allait cycler en région montagneuse…

Pour notre première sortie et donc son premier col en vélo – col de Bane, 414m -, rien de bien trop méchant et 57 km au compteur pour 902m de dénivelé… mais j’ai senti en lui cette étincelle de grimpeur et son enthousiasme à en vouloir plus.

J’avais bien sûr en tête la photo de mes amis du club,  Luis et Serge, au sommet du Ventoux, photo postée l’avant-veille sur Wattsapp… Alors, lorsque Martin me parle ce soir-là de vouloir s’attaquer aussi au Géant,… pensez-vous bien que cette suggestion n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd et qu’il n’a pas fallu me le dire deux fois. C’était décidé et projeté pendant cette semaine !

Car il s’agit bien d’un mythe pour moi, ce Mont Ventoux : première incursion en voiture avec mes parents alors que j’avais 10 -11 ans, sans jamais me douter que j’y retournerais un jour à la force des mollets. A chaque Tour de France,  lorsqu’il était au programme, on restait scotché devant le petit écran, tant cette ascension était grandiose par les paysages traversés que par les circonstances de course. Lorsque j’intègre le Bol d’Air en 2000, je fus attiré de suite par les voyages (c’était d’ailleurs mon objectif premier) et tout naturellement, je rejoins assez vite le club des 100 cols, motivation supplémentaire à participer à des randonnées en montagne pour collectionner les cols… alors, le Mont Ventoux, un col ? Non, il y a bien le passage obligé par le col des Tempêtes… mais qu’importe, reste ce mythe de l’ascension du mont en vélo, ce moment que j’attendais depuis 2000 et le voilà qui se présente à moi inopinément. En voyage en Drôme avec Eric L. il y a quelques années, nous étions à ses portes à Buis-les-Baronnies sans pouvoir y toucher… frustration, mais bon, ce n’était pas au programme… A chaque fois que nous prenons l’autoroute du soleil, il nous nargue, avec sa fière allure de mont chauve visible à des kilomètres à la ronde, dominant toute la plaine de Provence ! Et puis combien de fois m’a-t-on demandé si j’avais déjà « fait » le Ventoux et que je devais répondre par la négative !

Maintenant que le projet était né, il fallait, coûte que coûte, le mener à bien. Comme second entraînement, j’avais donc prévu avec Martin une sortie plus longue et plus difficile : 103 km pour 1736m de dénivelé, cumulant les cols d’Uglas (539m), de Pentigrade (785m), de Pendedis (670m) et de la Baraque (631m), avec une pause à midi au Martinet (St-Etienne Vallée Française). La chaleur de l’après-midi nous obligea à puiser dans nos réserves, et, victime de crampes musculaires, Martin eut bien du mal à terminer l’étape. Mais rien n’entamait notre détermination à relever notre défi ! On s’octroya un jour de récupération, afin de bien se réhydrater, minéraliser et saler la machine… petite précision aussi : nous étions au régime végétarien le temps de cette semaine de vacances.

Samedi 10 août : le grand jour !

Partis en voiture de grand matin, 2 heures nous séparaient quand même de Malaucène, pied de l’ascension. Des 3 itinéraires pour accéder au sommet, nous avons choisi celui partant de Malaucène, puisque c’était d’abord le plus près de notre lieu de villégiature et ensuite, car la route est la plus ombragée et la plus pittoresque, dixit les infos glanées sur la toile.

Au centre ville, tout nous rappelle le cyclotourisme, depuis les nombreux magasins de location et vente de vélos jusqu’aux terrasses… qui accueillent déjà les courageux partis de grand matin faire leurs emplettes au sommet !

C’est vrai qu’il est déjà 10h30 lorsque nous enfourchons notre bécane. Il fait déjà bien chaud dans la vallée et c’est une belle journée ensoleillée qui nous attend, et en plus, Eole nous épargnera des bourrasques rendant parfois l’ascension impossible. Seuls, quelques nuages envelopperont le sommet, nous gratifiant de temps en temps d’un coin d’ombre tant espéré…

Les premiers kilomètres nous indiquent clairement le degré de difficulté de la montée… nous dépassons déjà quelques cyclos, arrêtés sur le bord de route et pour qui, ce sera un véritable calvaire…

Comme dans les grands cols, chaque kilomètre est ponctué d’une borne indiquant le nombre de km nous séparant du sommet et surtout le pourcentage moyen (je dis bien moyen) du km à venir. Nous scrutons au loin chaque borne en espérant que le % soit inférieur au km parcouru, et dans ce cas, cela nous redonne de l’énergie. A la peinture au sol, des indications de % nous révèlent de temps en temps des portions à 13, voire 14%. Comme la pente n’est pas régulière, un km annoncé à 6% peut révéler un court passage à 13% et le reste en pente douce…, donc méfions-nous !

Au début de l’ascension, nous apercevons le sommet, bien loin et presque inaccessible.. on a même l’impression qu’il recule encore au fur et à mesure de notre progression… et puis nous ne le verrons plus, caché par le flan de la montagne… jusqu’à 2 km avant l’arrivée où il se révèlera à nouveau dans toute sa splendeur, quand le décor devient pierraille et désert…

Nous progressons côte à côte et bien vite, toute la plaine de Provence se dévoile sur notre droite… Nous ne serons pas seuls dans la montée, vous vous en doutez bien… et des encouragements, nous en avons reçus beaucoup, notamment de la part d’enfants criant par les fenêtres ouvertes des véhicules… aussi de la part des cyclos ayant déjà accompli leur devoir et nous croisant à toute allure… aussi de la part des photographes immortalisant la fin de notre ascension.

Les kilomètres succèdent aux kilomètres et puis, c’est le sacré km 10, longue ligne droite qui n’en finit plus et les % s’affolent… une petite pose ravito s’impose à l’ombre… et deux minutes plus tard, on s’y remet.

Signe des temps, on croise maintenant aussi des vélos électriques : madame accompagne son cyclo de mari, ou l’inverse ! et c’est pas plus mal ainsi plutôt que faire cette route en voiture, arriver au sommet et attendre que sa moitié n’y arrive… maintenant, c’est du sport aussi pour les accompagnant(e)s.

Arrivés au Mont Serein (km 15), station de ski, même si les dernières difficultés sont encore devant nous, j’ai la certitude de la réussite de notre défi commun qui m’envahit, et chez Martin aussi, je pense. Reste encore 4-5 km, mais on est déjà si haut et si près du but que plus rien ne peut nous arriver. Le stress de ne pas y arriver s’éloigne… cela nous donne des ailes…je n’ose pas lui demander si les crampes musculaires sont imminentes… je vois simplement que tout va bien et que les jambes moulinent à l’aise. Pas besoin ici de faire un chrono, l’essentiel est d’y arriver !

Et puis au détour de la route, à la sortie de la forêt, la tour de l’observatoire se fait toute proche, encore trois lacets et c’est gagné… et c’est main dans la main que nous passerons devant les photographes officiels juste avant la consécration… et la cohue au sommet, mais l’instant est magique : voir (ou plutôt revoir) cette plaque sommitale et y poser pour la postérité, en tenue cyclo cette fois, que de bonheur, qui plus est avec Martin ! Embrassade, pari gagné… et bravo à cette cohorte de cyclos, de tous âges, de tous niveaux, de toutes nationalités, qui se congratulent ainsi après cet exploit !

Après avoir savouré ce moment tant attendu, il est temps de se couvrir (quoique ce n’était pas nécessaire !) pour entamer la descente vers Bédouin. Passage au fameux col des Tempêtes – en pleine descente -, puis devant la stèle à la mémoire de Tom Simpson, et le voilà déjà, ce fameux Chalet Reynard, dont j’ai tant entendu le nom, évocateur de l’entame du secteur le plus venteux et le plus pentu si vous venez de Bédouin ou de Sault. Pause midi bien méritée et en route vers Bédouin, à toute allure sur cette route qui serpente dans la forêt où nous retrouvons très vite la chaleur accablante de la vallée… Il nous fallait bien sûr rejoindre la voiture à Malaucène, mais comme j’avais tellement préparé la montée du Ventoux, j’ai complètement zappé qu’il y avait encore un petit col sur notre route, le col de la Madeleine, mais diable, qu’il fait chaud ! C’est le cagnard ! On s’en serait bien passé, c’était la surprise inattendue du jour,… comme quoi il faut toujours en garder sous la pédale ! C’est cela aussi l’apprentissage… Et on en ressort grandi ! Inutile de vous dire que la petite dernière descente vers Malaucène fut appréciée !

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout, mais je garderai un souvenir exceptionnel de cette journée d’autant plus que ce n’était pas du tout programmé à l’avance… et bravo et merci à Martin de m’avoir fait ce « cadeau » !

Pascal